Dracha du Rav Abib שליט״א

 

 

La descente en Egypte : une incompréhension

 

 

Une grande question se pose : pourquoi les Bné Israel ont-ils étés obligés de descendre en Egypte 210 ans d'y souffrir -et particulièrement 80 années très longues ?

Pourquoi H’M leur a dit Redou Mits'haïma(rdou gmtria 210), descendez 210 ans en Egypte pour y subir l’esclavage ? Un grand principe de la Torah : n’est puni que celui qui faute ! Comme Adam qui a mangé du fruit de de la connaissance du Bien et du Mal (Êts Ha-daât), comme la génération du déluge (dor hamaboul) ou bien celle de la tour de Babel (Dor Ha-plagga, la génération de la division)… mais pour l’Egypte, aucune raison écrite dans les textes qui justifie une telle souffrance !

C’est vrai qu’Hachem avait dit à Avraham « guer yihé zarâkha bé-erets lo lahem – étrangère sera ta descendance dans une terre qui n'est pas la leur  » même la souffrance y est mentionnée puisque le passouk poursuit en disant « va-âvadoum ve-înou otam arbâ meot chana – et ils les asserviront, et ils les feront souffrir 400 ans ».

 

Mais c’est une annonce, la cause n’apparaît pas. La raison de l’exil d’Egypte ne semble pas non plus contenue dans la fin de cette prophétie : « vé-yotsiou bi-rékhouch gadol – et ils partiront avec une grande richesse ». Une récompense financière ne justifie pas d’accepter une grande souffrance.

 

 

La réponse du Alchikh Ha-Kadoch

 

 

Le Alchikh Ha-Kadoch remarque qu’il n’y a pas un H’akham qui ne se soit posé cette question ! Et Il donne une réponse difficile : la Galout aurait été là lé-zakekh pour purifier Israel du venin inoculé par le serpent de la paracha Béréchit qui a mis dans chaque créature la faute celle de s’être nourri du fruit de la connaissance du Bien et du Mal. Tant qu’ils ne s’étaient pas débarrassés de ce venin, ce poison les empêchait de recevoir la Torah ! et l’Egypte les a purifiés de ce venin comme on purifie un métal dans un creuset sur une fournaise : le métal fond et dans cette fusion il se débarrasse de ses impuretés.

Ce serait ça qu’Hachem aurait annoncé à Avraham : « étrangère sera ta descendance » étrangère à Toi Avraham qui t’es débarrassé de toute impureté. Ils seront esclaves, asservis 400 ans pour les affiner et purifier, et après ils ressortiront avec « une grandes richesse » : c’est la Torah  l’enjeu de la souffrance !

La Torah est d’ordre DIV’IN ! et nécessite une pureté de cristal et une soumission totale pour la comprendre et la pénétrer. (Il faut ressembler à un ange.) Toutes les oppressions  nous font aller à l’essentiel et nous départir de l’accessoire, du matériel (tout ce qui est intéressant en temps de paix mais futile dans l’épreuve). En Egypte, on a appris la soumission totale pour sauver sa peau et l’épurement total pour tenir et survivre ! Ces contraintes sont devenues nos qualités, nos instruments  et notre dimension pour accepter et recevoir et pénétrer la Torah. Ce creuset, cette fournaise, cet enfer nous a donné la pureté du cristal  jusqu’à rendre notre matière jusqu’à lors exigeante et gâtée -spirituelle. La chair elle même devient intelligente,et vivante ce qu’elle était au Gan Eden, avant que  le serpent qui a séduit H’ava qui n'ait entraîné Adam à manger du fruit.

 

Avant la faute, le corps était vivant et l’âme voyageait d’un bout à l’autre de l’univers (Haguiga 12a) elle voyait D...Après la faute, le corps dépourvu de vitalité – mort – a appelé l’âme en urgence à son secours pour vivre encore et l’âme a dû s’investir dans lui, perdant ainsi sa liberté et sa clarté . La connaissance du Bien et du Mal a tout gâté, tout gâché. Avant, Adam savait instantanément TOUT et voyait D. Après, il lui fallait comprendre que D. est le début et la fin de tout ; avant il savait sans raisonner : l’intuition immédiate lui donnait lumière sur tout...après, la conscience s’est affaiblie et on ne voit plus clair… et donc ?

 

« La-pétah’ h’atat rovets » la faute est tapie à ta porte qui attend ta chute ....avec la connaissance du Bien et du Mal que l'on veut éprouver, la faute, toutes les fautes sont possibles !! L’homme désormais aveugle et devant tout comprendre est laissé sans défense…

 

 

Pour retrouver la dimension originelle

 

 

Le sentier est étroit pour retrouver notre Eden ( עדן) ! notre chemin: une discipline et soumission sans faille pour retrouver la lumière du Gan Eden. La Torah c'est ce chemin! L’esclavage et la soumission en Egypte nous ont offert --avec la liberté -- la pureté et la dimension indispensable pour retrouver le Daât du Début ! D’esclave de Pharaon on passait sous la férule d’Hachem qui nous ouvrait la porte de la liberté et de la connaissance !

 

Hachem, en Egypte, leur a appris la soumission, la souffrance, les a purifiés et leur a donné l’esprit de sacrifice que l’on n’acquiert que dans l’épreuve ! On peut maintenant dire que l’esclavage nous préparait à recevoir la Torah en nous donnant la dimension nécessaire à la pureté cristalline qui permet de voir D. au Sinaï, de L’entendre, d’accepter de vivre sa vie d’après Ses directives et selon Ses voies. Ne pas s’enfoncer dans une vision matérielle et avoir une vision éthérée de la vie et du monde !

 

 

Le Kal VaHomer…

 

 

Mais je dois vous citer un Zohar étonnant sur la Galout Mitsraïm. Sur le passouk « vaymarerou ett h’ayéhem baâvoda kacha, béh’omer oubilvinim oubékhol âvoda ba-sadé ett kol âvodatam – ils ont rendu amères leur vie par un travail difficile, par le ciment, par les briques, et tous les travaux dans les champs concernant tous leurs labeurs auquels ils les avaient astreint avec dureté» (Chémot 1-14)

Le Zohar (reprend chacun des termes et) dit :

 

  • Par une tavail difficile (Kacha) :se rapporte à la Kouchia (une question difficile dans l’Etude)
  • Par le ciment (h’omer) : concerne le Kal vah’omer (raisonnement a fortiori)
  • Par les briques (levenim) :c'est le liboun hahalakha (blanchiment pour clarification de la halakha)
  • Tous les travaux dans les champs : Braïta (enseignement des Sages de la Michna)
  • Concernant tous leurs labeurs : Michna (enseignement référencé et ordonnancé par Rabbi Yéhouda Hanassi dans le Seder Hamichnayot)

 

La question se pose: Pourquoi interpréter des textes très explicites en diminuant la souffrance endurée par les Béné Israël ? Peut- on comparer la frustration de l’incompréhension de textes ardus et obscurs ,à la douleur ressentie en Egypte ! Quel rapport y a-t-il entre l’asservissement et la Kouchia, la Halakha, la Braïta et la Michna ?

 

 

Le sens d’un mot

 

 

(d’après ce que dit ce texte du Zohar), ce serait comme si les mêmes mots pouvaient exprimer des réalités différentes. Comme s’ils pouvaient ces mêmes mots se traduire et définir des occurrences et des péripéties différentes selon notre état. Les mots de Torah créent de la réalité, ce que Hachem dit, ça arrive ! Mais cette Force (les mots de Torah) trouve son expression et crée des situations selon la nécessité.

 

(Par exemple)

  • la Âvoda Kacha (le dur labeur) trouve d’abord son expression dans l’esclavage que nous faisaient subir les Egyptiens
  • le ciment c'est d'abord  les briques en Egypte, et après un certain temps ces mêmes mots exprimeront et désigneront une autre réalité : les difficultés d’interprétations de nos textes et la souffrance pour arriver à la Halakha, pour percer le sens d’une Michna ou d’une Braïta.

 

Mais la question reste ! la souffrance physique et la perplexité, la frustration intellectuelle et spirituelle sont-elles comparables ? OUI, ce sont des extrémités de la même émotion. La détresse peut être physique ou morale ! Les mots signifiants (le monde a été créé par 10 paroles) trouvent une expression mais elle n’est pas figée et quand on évolue ces mots (qui font notre situation) nous plongent dans des vies différentes et évoluent avec nous.

Il en sera de même de tous nos problèmes et réussites de l’existence : ils sont provoqués par des paroles d’En Haut mais avec le temps ces paroles d’En Haut qui nous accompagnent pourront exprimer des réalités différentes  selon nos évolutions.

 

 

La Preuve ?

 

 

Lorsque Moché Rabénou dans l’épisode où Hakadoch Baroukh Hou s’adresse à lui dans le buisson "ardent" pour lui demander d’aller libérer le Klal Israël...Moché demande (Chémot 3-11): « qui suis-je pour aller chez Pharaon et faire sortir les Bné Israël d’Egypte ?» Hachem lui répond « Car je serai avec toi ,et voilà le signe que je t’ai envoyé : taâvdoun ett HaElokim âl hahar hazé – vous servirez D. sur cette montagne ». Sur la montagne où tu es, où se trouve le Sné – le buisson ardent, ils me serviront :par la Torah [sur cette même montagne].Car l’épisode du Sné s’était déroulé au mont Sinaï).

Moché demanda un signe de légitimation sur sa capacité à être l’Envoyé, le Sauveur maintenant, à quoi lui sert de savoir que dans le futur qu’ils accepteront la Torah ! Où est le signe qu’il est l’homme capable de le délivrer maintenant ?

 

Aussi, faut -il comprendre différemment, Moché pose une question voisine : « Qui suis-je pour faire sortir les Bné Israel avant le temps prévu à la prophétie d’Avraham (400 ans). Il manque encore 190 ans ! » Et Hachem lui répond « TAÂVDOUN תעבדון – vous servirez, sur cette montagne» c’est à dire  les années qu’il manque de servitude, תעבדון vous les ferez au Har Sinaï.

 

 

La fin de l’Exil

 

 

« Taâvdoun תעבדון » vient de mot « עבד – êved – esclave »se fera au Sinaï en étant serviteur de la Torah. D’ailleurs la lettre Tav du mot Taâvdoun ne fait pas partie de la racine du mot et a pour valeur numérique 400 insistant sur le fait que le compte des 400 ans décrétés pour la descendance d’Avraham allaient être reconsidérés et convertis en service  à la Torah,qui suivent et prolongent les 210 ans d’Egypte déjà accomplis. Et de Avoda Kacha on passe à Kouchia, de Homer on passe à Kal Vah’omer, du travail des briques au Liboun Hahalakha, de Avoda ba-sadé à la Braïta… et l'esclavage en Egypte entre dans le même compte que des années de frustration  à l'étude de la Torah Orale ! Les 400ans se sont finis ainsi. D’ailleurs les Lévyim  ont traversé leur servitude en Egypte dans la prêtrise pour D.

Les mêmes expressions recouvrent des situations  évolutives et nous payons le prix de notre réparation, l’acquisition de notre dimension par de la souffrance physique ou de la détresse et souffrance morale (… un peu moins d’années mais c’est le même compte !)

 

Allons plus loin, le Ari Hakadoch explique encore plus précisément que l’Egypte préparait à la Torah ! Après la faute d’Adam Harichon qui mangea le fruit de la connaissance du Bien et du Mal ses enfants fauteront encore. Il y a eu le Maboul – le déluge qui détruisit le monde ! puis les Bnei Noah’ sont appelés Bnei Adam car poursuivant le même chemin qu'Adam qui commis la première faute, ils fauteront encore à Babel puis à Sdom. Ces fautes ont marqué et imprégné ces générations et ce sont  elles qui se réincarneront et deviendront la descendance des patriarches et des enfants de Yaacov.

 

Ces âmes marquées par la faute d'Adam ont fauté encore  provoquant le déluge -et malgré lui- encore Babel et Sdom !

 

 

Ils seront les descendants des Chvatim.

 

 

Aussi dit le Ari, puisque le déluge n’aura pas suffi « Kol haben hayélod hayéora tachlikhouhoun – tout enfant qui va naitre jetez le dans le Nil ». A la tour de Babel (Dor Haphlaga), ils ont encore dit « Hava nivna levenim – construisons briques… vatéhi lahem halevena leaven vehah’emer lah’omer – et la brique fut pour eux la pierre et le ciment l’enduit » (Béréchit 11-3). Aussi en Égypte ils ont  eu un dur labeur, avec aussi du ciment et des briques... De même ils ont dit « nivné lanou îr – construisons nous une ville à Babel » Béréchit (11-4) pour concurrencer le Ciel et ils ont dû construire des villes de réserve en Égypte .

 

Toutes ces générations subissaient déjà le poids la faute du faute originelle : ils voulaient connaitre le Bien et le Mal, éprouver par eux-mêmes, ‘’comprendre’’ et pas savoir et voir, ils voulaient "participer" en maîtrisant même au prix d’une chute d’un aveuglement, savoir le mal et choisir !

Il fallait les purifier jusqu’à la perfection, qu’ils retrouvent le niveau du savoir immédiat du Gan Eden où le doute n’existe pas et où ils voyaient Hachem. Le venin du serpent devait disparaître pour monter au Sinaï et prendre le chemin de la lumière étroit qui nous ramène à notre perception de D.

 

 

Le Saut

 

 

A Pessah, il nous est donné la possibilité de nous réparer totalement d’une manière inhabituelle, d’habitude, on parle de « sour mérâ vaâssé Tov – Ecarte toi du mal et fait le Bien » (Téhilim 34-15) mais ce soir on trempe les aliments et on les mange accoudé. Ce soir où on vit dans la perspective d’une adhésion totale avec la perception vraie du monde, Hachem nous donne la possibilité de vivre cette délivrance et cette proximité avec Lui dans un saut prodigieux  qui nous fait passer sans effort réel de la 49ème porte de l'impureté au don de la Torah aujourd'hui encore....

Actualités

Les Cours

Version imprimable Version imprimable | Plan du site

© Yéchivat Ohaveï Toratéha

Design et conception: bySBprod@gmail.com